Promouvoir la diversité : les actions de Maud Bailly pour changer la donne dans le secteur de l’hôtellerie

Femme d’influence dans le secteur de l’hôtellerie et ardente défenseuse de l’égalité et de la diversité, nous avons rencontré Maud Bailly, PDG d’AccorHotels pour l’Europe du Sud et responsable d’environ 1 800 hôtels du groupe.

 

Les géants de l’hôtellerie internationale, Best Western, Hilton, Hyatt, IHG, Marriott, ont tous un point commun : ils sont dirigés par des hommes.

Récemment nommé PDG de la région Europe du Sud d’Accor, qui compte 1 800 hôtels, à peine quatre ans après avoir rejoint l’entreprise, Maud Bailly pourrait-elle être celle qui changera la donne ? Si tel est le cas, il s’agirait d’un autre accomplissement remarquable pour cette femme qui ne cesse de bouger les lignes depuis le début de sa carrière.

Elle doit cette promotion à la qualité du travail accompli en tant que Chief Digital Officer. Fonction clef dans laquelle elle a dû gérer la transformation de la relation numérique de l’entreprise avec ses clients. Talentueuse et audacieuse, ses qualités lui ont permis de siéger au comité exécutif d’Accor. Une place de premier choix qui lui a donné la possibilité d’amorcer le tournant de l’entreprise pour plus de diversité et d’égalité, avec le soutien du PDG Sébastien Bazin.

« Je crois vraiment au pouvoir de la diversité ; c’est quelque chose qui est en moi. Je m’y suis consacrée bien avant d’occuper des postes qui me donnaient une image publique. Il est certain que le plafond de verre existe toujours, et vous pouvez le constater en comparant le nombre de femmes faisant partie de comités exécutifs ou à la tête d’unités commerciales avec le nombre de femmes responsables de fonctions support. Tout ce qui est lié au pouvoir, à l’argent et aux opérations commerciales a encore tendance à revenir aux hommes. »

Une question qui comporte une autre dimension, celle de la « falaise de verre » : « Cela consiste à pousser et à promouvoir la nomination de femmes à des postes particulièrement délicats, bien souvent des fonctions matricielles ou de transformation. J’ai été stupéfaite de constater le nombre de femmes nommées Chief Digital Officer, alors que je sais par expérience à quel point ce poste est difficile ! Je me suis demandée pourquoi, et j’en suis arrivée à la conclusion que nous donnons peut-être plus de chances aux femmes de nos jours, mais que nous leur pardonnons moins. »

La diversité comme levier de performance collective

« Je veux voir des profils diversifiés : des hommes et des femmes, des débutants et des personnes expérimentées, des origines culturelles différentes. Je pense que les meilleures équipes sont les plus diversifiées. Il ne s’agit pas d’une simple conviction ou d’un fantasme : lors de notre enquête en entreprise, nous avons clairement prouvé que plus l’équipe d’un hôtel est diversifiée, meilleurs sont les résultats en termes de satisfaction des clients et de rentabilité nette. La diversité est définitivement notre meilleur levier de performance collective. »

Lancement de RiiSE au Fairmont Dubai.

La création du Riise démontre l’engagement d’Accor en faveur de la diversité. Lancé en 2018 dans le cadre de l’évolution du réseau des femmes de l’entreprise, le RiiSE agit en faveur de l’égalité des sexes et de la diversité. Un réseau résolument inclusif, jusque dans son nom puisque les deux « i » de Riise représentent un homme et une femme, côte à côte, qui s’aident et se soutiennent.

L’une des principales missions de Riise est la lutte contre les violences et les discriminations. Un phénomène qui n’a cessé de s’exacerber partout dans le monde à cause de la crise du Covid-19.

En Turquie Accor a développé, en collaboration avec le gouvernement, un programme qui vise à améliorer les conditions de vie des femmes. Ainsi elles bénéficient d’un logement et d’un accès à la formation professionnelle. L’objectif étant de leur permettre de trouver un emploi dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration et de devenir indépendante financièrement.

« Vous ne pouvez pas nous dire : « Oh, nous voulons plus de diversité mais c’est tellement compliqué, et nous ne pouvons pas trouver les bonnes personnes. » Si, vous le pouvez. Voici les objectifs et voici les moyens de les atteindre. »

Maud Bailly

Transparence et indicateurs de performance

Pour plus de transparence, Riise a développé des indicateurs de performance afin de quantifier les actions en faveur de la diversité et de l’égalité.

« Il s’agit d’une approche rationnelle et tangible où nous examinons les faits et pas seulement les intentions. Vous ne pouvez pas nous dire : « oh, nous voulons plus de diversité mais c’est tellement compliqué, et nous ne pouvons pas trouver les bonnes personnes. » Si, vous le pouvez. Voici les objectifs et voici les moyens de les atteindre », explique Maud.

Les objectifs de RiiSE à l’échelle du groupe ont été validés par le conseil d’administration d’Accor en janvier 2021. Ainsi le groupe Accor s’engage à avoir 40 % de femmes au sein du comité exécutif du groupe (alors qu’aujourd’hui ce chiffre est de 23 %, grâce à l’arrivée de Brune Poirson en tant que directrice du développement durable), 45 % de femmes au niveau des hubs (c’est-à-dire des régions comme l’Europe du Sud), ainsi que 40 % de femmes aux postes de directrices générales d’hôtels (contre 34 % actuellement).

Ambassadrice de RiiSE depuis sa création, Maud est fière des progrès accomplis. Même si elle est consciente des défis qu’ils restent à relever. « Il y avait 27 % de femmes directrices générales au début du programme ; aujourd’hui, il y en a 34 % et déjà 41 % dans ma région. De plus, nous avons presque atteint l’égalité salariale entre hommes et femmes dans le groupe. Dans mon propre hub, je suis sur le point d’atteindre mon objectif de 45 % de femmes dans mon comité exécutif ce mois-ci (avril).

« Cependant, nous devons redoublés d’efforts dans certains domaines. Par exemple, les femmes sont encore sous-représentées parmi les directeurs généraux de nos hôtels de luxe et haut de gamme. Je connais des femmes extraordinaires à la tête d’établissements exceptionnels, comme Béatrice Schopflin à l’hôtel Scribe Paris Opéra. Cependant, en général, il y a plus de femmes à la tête de marques de milieu de gamme telles que Novotel et Mercure, qu’à la tête de marques de luxe telles que Fairmont et Raffles. Les choses évoluent régulièrement, mais nous voulons nous assurer que nous n’attendrons pas vingt ans de plus pour obtenir la parité et l’égalité ; c’est pourquoi nous utilisons des initiatives comme RiiSE pour faire avancer les choses. D’autre part, nous nous devons de rester très attentifs. Les acquis ne le sont jamais de façon définitive, si on ne veille pas à les sauvegarder. Nous devons continuer à promouvoir la diversité. Notre objectif est de rallier tout le monde et de n’exclure personne. »

L’art de la carrière non linéaire

Dans le cadre de son engagement profond en faveur de l’accompagnement et de l’enseignement des talents de demain, Maud a accepté de devenir la « marraine » de notre promotion 2020 d’étudiants en Master en Hôtellerie, Entrepreneuriat et Innovation.

Lors de sa première rencontre en ligne avec « sa » promotion, elle a fait le bonheur de nos étudiants en leur parlant de son extraordinaire carrière, mêlant finance, formation, éducation numérique et transformation culturelle, qui lui a permis d’effectuer des missions internationales et de se faire une place au cœur du gouvernement français.

« J’ai eu la chance de bénéficier d’une éducation fantastique, qui a commencé à l’École Normale Supérieure de Paris et s’est terminée à l’École Nationale d’Administration. En contrepartie, je devais 10 ans de service à l’État français », explique-t-elle.

« J’ai commencé dans la fonction publique en tant qu’auditrice financière, mais j’ai toujours été fascinée par la poésie et le romantisme des gares. J’ai donc changé de cap et rejoint la SNCF pour devenir chef de gare à la gare Montparnasse (photo ci-contre).

« Les gens me prenaient pour une folle : « Vous êtes censée travailler pour le ministère des Finances, que faites-vous ici ? » ; mais j’aimais ce côté opérationnel, et même les petits détails, comme mettre un piano dans le hall de la gare pour que la musique puisse résonner dans le bâtiment. »

Outre la direction des trains de la gare Montparnasse, Maud a également été directrice des trains de la SNCF et responsable des 10 000 contrôleurs à bord des trains de l’entreprise. À cette expérience très opérationnelle s’ajoutent des missions d’audit stratégique et financier pour le FMI et la Banque mondiale, ainsi que près de deux ans au cabinet de Manuel Valls, alors Premier ministre, en charge de l’économie, de la fiscalité, du numérique et de l’industrie.

Ce n’est qu’après cette période incroyablement diversifiée, qui lui a permis de rembourser sa « dette » de 10 ans de service public, que Sébastien Bazin a offert à Maud l’opportunité d’entrer dans le secteur privé avec Accor.

Son parcours est donc un exemple de carrière non linéaire. Malgré son charisme et sa confiance en elle, Maud admet avoir été confrontée à des difficultés d’ordre psychologique.

« J’ai sans aucun doute été victime du « syndrome de l’étranger » pendant mon parcours. Ce fut le cas lorsque je suis arrivée à la Gare Montparnasse, et de nouveau lorsque je suis entrée au service du Premier ministre. Les gens disaient « Pourquoi croyez-vous être capable de faire ça ? Vous n’êtes qu’un chef de gare. » Même lorsque j’ai rejoint Accor, j’ai entendu « vous n’êtes qu’un fonctionnaire ; vous ne connaissez rien à l’hôtellerie. »

« J’ai moi-même ressenti ces doutes ; mais grâce aux retours de mon patron, de mon équipe, de mon mari et de ma famille, je me suis progressivement ressaisie. Les doutes ne disparaissent jamais complètement, bien sûr, mais cela me convient, car c’est une leçon d’humilité qui permet d’aller de l’avant et de faire ses preuves. Chaque fois que j’ai franchi une étape dans ma carrière, j’ai subi cette méfiance. Je peux donc comprendre la situation d’autres femmes ou de personnes aux profils divers. Dans le cadre de RiiSE et de mes propres actions : je veux rendre les gens davantage conscients de nos préjugés, de la façon dont nous nous autocensurons, et des limites que nous nous imposons. « Je ne pourrai pas, non, je ne suis qu’une femme, je ne vais pas y arriver… » Je ne veux plus entendre ça ! La peur ne doit jamais être à l’origine de vos prises de décisions, elle est votre pire ennemi. »

 

Crédits photos :

Vue aérienne de la Gare Montparnasse – Philipp Chistyakov/Getty.

Toutes les autres images sont la propriété d’Accor, avec l’aimable autorisation de Virginie Sido.

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Nous sommes très fiers que Maud Bailly soit la marraine de notre Master en Hôtellerie, Entrepreneuriat et Innovation.

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